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KAKOU HONORE: »AVEC MOI ARAFAT CHANTAIT.. »

Le musicien-arrangeur, Kakou Honoré, par son doigté, a boosté la carrière de bon nombre d’artistes ivoiriens. Le boss du studio Ernesto Djédjé de Luckson Padaud parle dans cet entretien, de son métier, de la musique ivoirienne et de dj Arafat, dont il a assuré les premiers arrangements quand l’artiste était encore à ses débuts, en 2003.

kakou

Arrangeur et actuel chef d’orchestre du groupe Les Frères Sehia, Kakou Honoré, militaire de formation (Second maître), en fonction à la marine nationale de Côte d’Ivoire, est un homme très discret et peu connu du public. De lui, on sait peu de choses. Et pourtant, dans l’arène musicale ivoirienne, on retiendra qu’il a posé sa griffe dans des œu-vres à succès telles “Les côcô” de l’Enfant Yodé, “Jonathan” d’Arafat, “Face to Face” de Tina Spencer devenu Tina Glamour, “Paradis” des Djigbô, “Oza” de Nigui Saff Kdance (primée au Kora Awards, en Afrique du Sud)… Sans oublier les albums de Deza XXL, Eddie, Joëlle C, Les Tueuses, Génération Mot à mot….

L’ancien footballeur, coéquipier de Joël Tiéhi, au Lycée Saint Michel d’Anyama, Kacou Honoré voyait son avenir plutôt dans le ballon rond. Son arrivée dans la musique, a été plutôt influencée par son frère aîné, feu Ziben, ancien instrumentiste, bien connu à l’époque dans le milieu. «C’est auprès de lui que j’ai appris à jouer pour la première fois d’un instrument de musique. Après, il ne partait plus jouer quelque part sans moi. Je l’accompagnais partout. Il m’a initié à la guitare basse», se souvient-t-il.

A la fin des années 80, au lendemain de la naissance de l’orchestre de la marine (Les Cols bleus), il y retrouve un ancien compagnon d’école, Chuken Pat. L’instrumentiste participe aussi à la même époque, à l’épopée de l’orchestre les Génito, avec un certain Meiway et Chuken Pat.

Fort de cette expérience, Kakou Honoré va se lancer véritablement dans les arrangements. Il passe successivement dans les studios Séquence chez Alain Sawaya et Balafon chez Barthélemy Inabo, où il enregistre les 1er et 2ème albums du groupe Espoir 2000.

Aujourd’hui, Kakou Honoré assure les arrangements dans le studio Ernesto Djédjé de l’artiste Luckson Padaud.

• Quelle est ton actualité ?

– Je suis en free-lance depuis un moment avec Luckson Padaud et Les frères Sehia, au studio Ernesto Djédjé à Yopougon. Je viens de boucler l’album du chantre Keren et le maxi single de Danielle Kréa. Je travaille aussi sur le single de Lino Versace et Singuila.

• Visiblement, tu ne chômes pas …

– Bêh, on travaille dans l’ombre (il sourit). Voyez-vous, les anciens sont bel et bien dans la mouvance. Nous sommes présents. On dit souvent : «C’est dans les vieilles marmites que se font les bonnes sauces».

• Tu es assez discret, tu ne sembles pas aimer t’afficher.

– C’est exact, on me le dit souvent. Mais je suis tout d’abord un militaire, Sergent dans l’armée, avec le grade de second maître à la marine nationale. J’avoue qu’à mes débuts, j’avais des appréhensions. Je me disais que si je m’affichais trop dans les médias, je risquais d’être sanctionné par la hiérarchie.

 • Tu ne penses pas que le fait de ne pas te faire connaître du public t’a été préjudiciable avec le temps ?

– Je le reconnais. Aujourd’hui, je vois les choses autrement, il y a un changement à mon niveau. Je me suis même lancé dans les arrangements au niveau international.

• Que deviennent les autres arrangeurs de ta génération ?

– Nous sommes là et toujours actifs. Il y a David Tayorault, Koudou Athanase, Olivier Blé… On doit à Freddy Assogba et David Tayorault par exemple, la rythmique couper-décaler. C’est eux qui sont à la base des premiers arrangements couper-décaler. Ils ont trouvé la rythmique. après, chacun l’a transformée à sa manière, notamment les plus jeunes.

• Justement, quel regard portes-tu sur la nouvelle génération d’arrangeurs ?

– Ce que je reproche à mes jeunes frères qui arrangent d’ailleurs plus de couper-décaler, c’est qu’ils ne font pas d’effort. Ils prennent fréquemment les mêmes bases de données pour tous les chanteurs, ce n’est pas professionnel. Les gens vont finir par s’en lasser. On a toujours affaire aux mêmes blocages, aux mêmes caisses claires. Il faut faire des changements, des recherches, car tout excès nuit.

• La jeune génération n’a-t-elle pas besoin de formation ? t’arrive-t-il de leur donner des conseils ?

– On n’a vraiment pas l’occasion de se rencontrer, franchement.  La formation, elle s’impose. Il faut qu’ils acceptent d’apprendre. Il y a l’INSAAC où, ils peuvent aller se former, au lieu de se contenter de prendre des logiciels sur le net et fabriquer des musiques.

• Selon toi, qui est le meilleur parmi ces jeunes arrangeurs ?

– Je dirai Bébi Philip. il a du talent et je pense qu’il a de l’avenir. C’est le meilleur de sa génération à mon humble avis. C’est un produit de l’INSAAC. Pourvu qu’il accepte de travailler et approfondir ses connaissances.

• Tu arranges des chanteurs zouglou, tradi-modernes,  variété, couper-décaler, des chantres… Comment expliques-tu cette polyvalence ?

– Je suis d’abord un musicien d’orchestre. J’ai accompagné beaucoup d’artistes lors des spectacles ici en Côte d’Ivoire et ailleurs, je peux dire que ça m’a aidé et formé également.

• Quel est ton regard sur le couper-décaler ?

– Le couper-décaler fait vendre la musique ivoirienne à l’extérieur. personne ne peut le nier. Il faut donc que les chanteurs et les arrangeurs  prennent conscience que nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Il faut qu’on fasse des efforts pour améliorer notre musique. Sinon, vous voyez, nos frères nigérians sont en train de nous damer le pion. Les jeunes chanteurs nigérians chantent, ils ont de belles mélodies et des textes bien élaborés.

• Tu as collaboré un moment avec Arafat. que penses-tu de lui ?

– C’est un garçon talentueux. J’ai été son premier arrangeur. Quand il est venu me voir à l’époque pour enregistrer «Jonathan», son premier opus, je découvrais un garçon qui avait de la qualité tant dans la voix, que dans ses compositions. Je lui ai dit : «Mon garçon, je vais te fait faire un album qui va te faire connaître ». Quand vous écoutez le titre Jonathan, il a traversé le temps. Avec moi, Arafat chantait. Aujourd’hui, il fait plus de la musique d’ambiance. Alors que les gens veulent plutôt entendre des mélodies et des messages.

• Tu bosses aussi avec Luckson Padaud, quelles sont vos relations ?

– Nos relations sont très bonnes. Je suis le chef d’orchestre actuel les Frères Sehia. La collaboration est parfaite.

• Certains arrangeurs se sont lancés dans la chanson, ça ne te tente pas aussi ?

– (Il sourit) Non, je préfère le studio avec mes instruments et mes musiciens.

• Ça coûte cher tes arrangements ?

– Ça coûte cher oui, quand même, mais avec les artistes, on finit toujours par trouver un terrain d’entente.

• Ça te prend combien de temps, un arrangement ?

– ça dépend de l’artiste, de ses motivations. Sinon, en trois semaines, un mois tout au plus, l’œuvre est achevée. Cependant, quand l’artiste veut un arrangement en live, ça prend plus de temps. L’artiste qui m’a le plus facilité la tâche, c’est feue Joëlle C. Elle connaissait vraiment son travail.

• On dit que les chanteuses ivoiriennes sont en perte de vitesse ces derniers temps. Est-ce vrai ?

– En fait, elles ont besoin d’encadrement et de soutien. Il faut qu’elles acceptent d’approcher les devanciers pour prendre des conseils.

• Quel rôle joues-tu au sein de l’orchestre ‘’Les Cols bleu” de la marine ?

– Je suis musicien-bassiste. Mais ça fait un bon moment qu’on n’est pas sorti. Les autorités s’attèlent à nous trouver  du matériel.

• Comment arrives-tu  à concilier ta fonction de militaire et celle d’homme de show-biz ?

– C’est une question d’organisation personnelle. La journée, je suis au camp et le soir, je travaille en studio.

• A la fin de ta carrière militaire, à quoi te consacreras-tu ?

– A l’industrie musicale bien sûr. Je veux créer un grand studio avec des bureaux et tout qu’il faut pour travailler avec les artistes.

• Tu es quelque peu amer contre certains acteurs du show-biz ivoirien, paraît-il ?

– Je suis même déçu de certaines personnes qui dirigent le show-biz. Je suis de ceux qui ont maintenu la flamme de la musique ivoirienne, notamment le zouglou, et permis au groupe Nigui Saff de remporter un Kora. Mais je n’ai jamais reçu la moindre distinction. On a honoré des gens ici dans ce pays, on ne sait, à partir de quoi. Je suis un oublié. Bon, peut-être grâce à Dieu, se souviendront-ils de moi un jour.

• Tu es très croyant, semble-t-il ?

– Oui, j’ai aussi un ami pasteur, c’est lui qui m’a permis d’être chrétien évangélique. Je suis aujourd’hui diacre dans son église.

• Quels sont tes loisirs ?

– Je suis un amoureux de foot et de jeux vidéo.

• Marié ?

– Je ne le suis plus. J’ai divorcé il y a quelque temps. J’ai eu trois enfants avec mon ex-femme et trois autres “à côté” (il rit). J’ai un fils qui est aussi musicien.

• Tu t’es remis avec une autre femme ?

– Pas encore, tout est dans les mains de Dieu.

 

Par Inzah D.

 

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